Mais qui a peur de ce bout de tissu??? (17/02/2014)

«Vacarme» de dimanche dernier  (qui reprend des reportages de la RTS de la semaine écoulée) est à écouter. Il montre que  le degré d’angélisme et d’ignorance des journalistes reste intact. L’émission est consacrée aux jeunes filles dès 12 ans qui choisissent de porter le foulard. 

«Le voile mène-t-il à l’exclusion?», tel est le titre générique. La réponse? Évidemment. Les reportages sont faits pour le prouver.

voile.jpgLa présentation nous met au parfum: le couvre-chef islamique est qualifié de  «bout de tissu» et c’est ainsi qu’il va être traité. Première question : pourquoi les jeunes filles doivent-elles le porter ?  Réponse brumeuse d'une jeune fille: «En islam, les cheveux c’est précieux, les cheveux c’est ce qui donne la beauté de la femme. On donne le privilège de les voir à notre mari.» La journaliste, qui n'a pas pris cinq minutes pour chercher elle-même la réponse, n’y reviendra pas.

La  lecture littérale du Coran que les filles ne cessent d’invoquer n’intéresse pas non plus Valérie-la-reporter.  Quelles conséquences cette lecture coranique a-t-elle sur leur image du statut des femmes : virginité, obéissance au mari, polygamie, interdiction d’épouser un non-musulman, répudiation, etc.? Nous n'en saurons rien. Pour la démonstration, seul le "bout de tissu" importe.

En fait, contrairement à d'autres thèmes, celui du foulard n'est pas clair du tout dans le Coran. Et l’imam Tareq Oubrou qui l’explique dans un des reportages sera traité (si j’ai bien entendu) d’islamophobe par les jeunes filles et prié d’aller se rhabiller.

Le corps couvert, la journaliste n’a pas remarqué

On signalera donc à Valérie que ce «bout de tissu» exprime le rôle de prédateur sexuel que l’islam attribue aux hommes. Des hommes qui ne peuvent refréner leur désir s’ils voient le corps et la chevelure des femmes. Le bout de tissu évidemment ne suffit pas, c’est pourquoi ces filles couvrent entièrement leur corps et non seulement leur tête et leur cou (je le suppose, car la journaliste n’en dit mot).

Cette hypothèse se confirme. Le bout de tissu s’allonge démesurément lorsqu'un cours risque de dévoiler un peu de chair: telle interlocutrice déclare faire la gym en pantalons et pull, et la natation dans un costume «spécial» qui cache tout le corps. Mais Valérie n’a pas remarqué la rallonge.

Hé Louis, tu serais d’accord de sortir avec une fille en foulard ?

La journaliste pose en revanche une  question cocasse aux garçons non-musulmans de la classe: «Est-ce que ça vous gênerait de sortir avec une fille en foulard?» Il ne vient pas à l’idée de Valérie de poser la question aux filles couvertes, ce qui serait beaucoup plus intéressant. Elle ignore apparemment  que leur religion leur interdit de «sortir avec des garçons» et aussi d’épouser un non-musulman. Quant aux garçons, ils disent que non, ça ne les gênerait pas du tout: quand on aime, on aime. Cette ouverture d’esprit est d’ailleurs très frappante dans ces reportages de la part des filles comme des garçons. Mais ils sont eux aussi, ce qui est normal à leur âge, d’une totale ignorance de cette religion.

La fin de ces reportages se passe en France. Elle consiste en plaintes infinies à propos de la loi qui interdit les signes ostentatoires et donc le foulard à l’école. On n'apprendra rien de plus.

 

21:14 | Tags : rts, vacarme, voile | Lien permanent | Commentaires (21)