Pause et tentation... (29/02/2016)

Je flanche. Accablée de voir que l’islam s’impose de plus en plus dans notre société séculière et que celle-ci a décidé de ne pas résister,  j'abandonne provisoirement ce blog.

pause

Je vous quitte en principe pour quelques semaines... Il me faut entre autres réfléchir à une question existentielle: ne serait-il pas préférable, pour une vie plus douce, de me muer en ambassadrice de la bien-pensance? De m’offrir une seyante paire d’œillères?

Après tout, je possède un grand savoir sur les tactiques de défense de l’islam et de ses dévots. Ne pas l’utiliser est un gâchis. Il me permettrait de répondre aux propos des citoyens hostiles à cette religion, et de quitter enfin l’extrême-droite et les quasi nazis pour regagner les rangs de la vertu.

Enfin, dans le camp du bien! Celui qui n’exige pas de distinguer le vrai du faux, seulement le Bien du Mal.

Je serais invitée presqu’aussi souvent que Hafid Ouardiri à des formations, des festivals, des débats, je serais félicitée pour mes interventions et éprouverais ce sentiment d’allégresse de ceux qui se battent pour une humanité nouvelle. Je ne représente personne? Mes amis les journalistes ne m’en tiendront pas rigueur: Hafid non plus. Le discours attendu suffit.

Je serais invitée aux matins calmes de la RSR, à 8 heures, le lendemain de la directrice d’Amnesty, la veille de Tariq Ramadan. Je me sentirais zen, sachant qu’aucune question importune ne me serait posée. Pas comme Malika Sorel l’autre jour, malmenée durant toute l’interview. Je serais si convaincante que ma prestation me vaudrait une nouvelle, très prochaine invitation…

Le soir à Infrarouge, je bataillerais contre Oskar Freysinger et Céline Amaudruz. Esther Mamarbachi ne pourrait s’empêcher de me tendre le micro un peu trop souvent. Au Temps, Céline Zünd se battrait bec et ongles pour obtenir deux pages consacrées à mon chemin de Canossa.

Je verserais avec subtilité les versets tranquillisants: «Point de contrainte en religion…» ; «Tuer un être humain, c’est tuer toute l’humanité…» ; «À vous votre religion, et à moi ma religion». «Ô hommes! Nous vous avons créés d'un mâle et d'une femelle, et Nous avons fait de vous des peuples et des tribus, pour que vous vous entre-connaissiez…». Quelques autres encore, à revoir et répéter

Je me ferais une liste des incroyables violences inscrites dans la Thora et la Bible, et une autre des terribles fautes passées de l’Occident. Je deviendrais le plus fervent soutien du Ministère du Regret, de la Repentance et de la Coulpe.

Je ferais partie des commissaires de la pensée qui étouffent tout ce qui ressemble à une condamnation de la religion pacifique et égalitaire. Comme eux, j’esquiverais les questions et contre-attaquerais par un riche catalogue: «islamophobie, racisme, stigmatisation, amalgames, ne confondons pas…»

Je me ferais un répertoire de répliques: «Et pourquoi les musulmanes ne pourraient-elles s’habiller comme elles l’entendent ? Et pourquoi les entreprises refuseraient-elles les prières, et les hôpitaux que les patientes se fassent soigner par qui elles veulent? Que faites-vous des droits de l’homme? Et de la liberté de religion?» Et de temps à autre, un argument un poil plus original comme celui d'un commentateur de ce blog pour défendre les adversaires des touchers de paume mixtes: «La poignée de main est un grand vecteur de maladies!»

Je rappellerais que face à notre désert spirituel, c’est si beau des êtres qui croient! Et quelle incroyable prétention des démocraties de penser que leurs valeurs sont universelles!
Allez, un petit peaufinage et je serais prête.

Je tenterais aussi de gommer l’impression d’effroi que m’a laissée la lecture du Coran, j’oublierais mes frissons à l’idée que le peuple des mosquées est convaincu de son caractère parfait. Lorsque ce livre serait effacé de ma mémoire, je pourrais alors, avec Hafid devenu mon ami, me dire comme lui exaspérée par ceux qui prétendent qu’Allah réserve le paradis uniquement aux musulmans.

J’oublierais qu’il fut un temps, dans les années 70, où j’aurais passé pour une démente si j’avais annoncé des débats futurs sur la légitimité de sanctions religieuses telles qu’exécutions, amputations, flagellations. Et j’effacerais cette conviction que l’on m’aurait considérée comme bonne pour l’asile si j’avais prédit que plein, tout plein de religieux musulmans installés dans nos contrées ne pourraient pas condamner la lapidation.

Oui, avec un bon entrainement, je pense que je pourrais atteindre le sommet de l’hébétude islamique. Et ce qui me reste de vie serait tout de paix, d’harmonie et de plénitude.

(Le ministère du regret, etc.: une idée de Philippe Murray.)

 

P. S. N’oubliez pas durant mon carême, de faire un petit tour régulier sur l’Association Vigilance Islam dont je suis -encore!- la présidente.

 

 

 

 

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